Shuvinai Ashoona
Ted Barker
Colleen Heslin
Jean-François Leboeuf
Itee Pootoogook
La Galerie Laroche/Joncas est heureuse de présenter Mythologies une exposition regroupant le travail de cinq artistes vivant au Manitoba, au Québec et au Nunavut. Regroupées, ces œuvres offrent un paysage visuel dans lequel on peut considérer la création et de la perpétuation du mythe dans la pratique contemporaine. C’est la production et le jumelage de la malléabilité du mythe et de la nature provisionnelle de la culture populaire qui se rencontrent dans les pratiques artistiques diverses et inventives .
Il y a déjà plusieurs années Roland Barthes avait écrit à propos de ses préoccupations à propos de la tendance que la société de consommation avait de vider les objets de leur histoire, leur conférant le statut de mythe beaucoup trop tôt et en les émaciant de leur substance. En parallèle, les grandes histoires du passé semblent perdre de leur pouvoir et sont vidés de leur signification originale. Ils deviennent en quelque sorte des coquilles vides…
" Le mythe pour Barthes est un outil de l'idéologie, il réalise les croyances, dont la doxa est le système. Dans le discours : le mythe est un signe. Son signifié est un idéologème, son signifiant peut être n'importe quoi : « Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l'appropriation de la société. " (Barthes 1957 : 216) (1.)
Barthes s’était investi dans le projet de déconstruire et exposer les multiples mythes exploités par la culture populaire. Aujourd’hui, la partie a changée, le changement le plus plus notable peut-être est l’utilisation par les artistes de matériaux et de scènes de la vie de tous les jours, intégrant réalité et fiction renouvelant la pratique ancestrale de raconter des histoires.
À la fois inspiré et nourri de ‘débris et de junk culturels’ et le jubilant mélange qui en résulte, la pratique de l’artiste basé à Montréal Jean-François Leboeuf utilise le dessin, la vidéo, l’installation, la performance et la photographie. Avec les dessins grand-format de sa série "Les Bâtards", dont une sélection est présentée dans Mythologies, l’artiste exhume à la fois des icônes et des représentants communs du ‘mauvais goût’ dans la culture populaire, les offrant en considération pour resignification. Comme si il tentait de repousser ou bien subvertir l’esthétique kitsch que ces personnages évoquent habituellement. Leur méticuleuse et impressionnante représentation technique au crayon sur un fond blanc, est plus plus grand que nature. Cette simplicité formelle ouvre la voie à un réalisme surprenant et à une exploration visuelle détaillée de ses personnages.
Ted Barker vit et travaille à Winnipeg. Il partage avec Leboeuf maîtrise et virtuosité technique du dessin. Utilisant également le crayon fin qu’il combine avec l’aquarelle, l’artiste conjure des figures énigmatiques dans des paysages typiques des prairies Canadiennes. Ses sujets sont souvent habillés de costumes décorés de peaux d’animaux, on les voit porter des paquets de branches, pointer un fusil ou couvert d'une bâche. Le spectateur a le sentiment de se retrouver devant des portraits de personnages en état de survie qui se retrouvent isolés dans une nature sauvage qui s'étend à perte de vue. Leur solitude semble remplie de suggestions, incitant le spectateur à se questionner sur leur histoire particulière.
Basée à Montréal, l’artiste Colleen Heslin présente des compositions formalistes réalisées à partir de tissus que l’artiste teint elle-même ou bien qu’elle trouve. Présentés tendus sur des faux cadres qu’elle fabrique elle-même, ses oeuvres évoquent l’histoire de la peinture formaliste et sa persistante mythologie. En plus de sa préoccupation avec la matérialité et l'impact écologique de la réalisation de ses œuvres, l'artiste construit ses faux cadres avec du bois récupéré et elle utilise souvent des tissus trouvés. Suggèrant une certaine période, une tendance ou sous-culture, ses œuvres semblent en continuité avec l’approche esthétique ‘make do’ de Leboeuf et Barker. Le processus derrière ces œuvres perpétue l’élaboration d’une certaine histoire, celle des débris de notre société de consommation qui sont réutilisés pour raconter le moment présent.
Les artistes Inuit Shuvinai Ashoona et Itee Pootoogook, vivent tous les deux dans la riche communauté culturelle de Cape Dorset au Nunavut. Ils sont les héritiers et les innovateurs de leur riches traditions artistiques qu’ils ont réussis à propager internationalement. Le paysage nordique est le sujet favori par Itee Pootoogook. La couleur claire et brillante des ses œuvres ainsi qu’une solide composition formelle rappellent la tradition esthétique de l’art Inuit ainsi que l’environnement qui l’a vue naître.
Shuvinai Ashoona, la petite-fille du renommé artiste Pitseolak Ashoona, crée des compositions complexes et chargées composées de figures humaines, d'image de leur habitations évoquant une imagerie insolite ou bien cachée, elle utilise une gamme de couleurs large et inventive. La ligne entre la fiction et réalité devient floue, Ashoona combine sa vie intime avec celle de sa culture et de sa communauté. En la transposant sur papier, elle provoque le spectateur à repenser sa perception de l’art Inuit.
Les Mythologies conviennent très bien à la vie contemporaine et à son art. Étants malléables, elles peuvent s’adapter aux vicissitudes du temps et aux changements d'attitudes, de politiques et de perceptions. Le pouvoir de la création des mythes résident dans leur usage et leur retransmissions, dans l’échange qui prends place entre l’artiste et l’audience et dans leur interprétation qui est toujours en évolution.
(1.) Tiré de Wikipédia
Nathalie Zayne
Nous aimerions remercier la Galerie Elca London à Montréal rendant possible la présentation du travail de Shuvinai Ashoona et de Itee Pootoogok pour cette exposition.
|